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chez Bruno - avril 2018

( par Gilles )

Chapitre I

J'ai longtemps hésité avant de vous parler de mon ami Bruno. J'avais eu l'occasion de lui rendre visite à de multiples reprises ces dernières années, et l'écoute de son système m'avait paru très bonne, mais sans la petite étincelle qui m'aurait fait dire intérieurement : mon gars, là, il se passe quelque chose.

Faut dire qu'après avoir longtemps navigué avec des systèmes Onken d'envergure, le pauvre avait dû se mettre au régime sec : Voix du Théâtre, matin, midi et soir.

C'est à ce moment-là que j'ai pu écouter son système pour la 1ère fois, avec des VOT tout comme y faut, caisses d'origine, HP de marques introuvables (mais que personne ne cherche vu qu'on sait pas que ça existe), platine avec plateau de 30Kg piqué à la salle de gym où il fout plus les pieds, préampli Highphonic associé à la DL103 du même tonneau, évidement , un convertisseur Philips kité de la mort qu'on se demande même si c'est pas un robot Moulinex échappé de la cuisine de madame. Et déjà, respect, le fameux et excellent ampli Kaneda No172 !

Comme l'homme est aussi un peu fétichiste, même s'il n'est pas le seul, une paire de Dahlquist, et une de LS3/5A, entre autres jouets, complétait sa panoplie de cow-boy.

Mais comment ça marchait, me direz-vous ?
Ben, ça marchait !

Chapitre II

La passion de Bruno l'avait parfois conduit vers des rives inconnues, celles où la rencontre avec le spécimen sauvage venu du fond des temps devient crédible. Il pensait d'ailleurs en avoir trouvé un, sur une base de tube 211, qu'il avait tenté de domestiquer pendant des années, en essayant de le faire se reproduire du coté de Cologne, chez notre ami commun Dominique, mais en audiophile averti, Bruno savait éviter les chausse-trappes dans lesquels tombent les néophytes, et dans l'attente, il avait su préserver l'essentiel, son bon gros Kaneda ...

L'année dernière, lors d'un voyage touristique commun au Japon, nous avions eu la chance de rencontrer l'homme providentiel, celui qui savait transformer n'importe quel amplifitotor de foire à la ferraille non pas en jambon de grande classe, mais en avion de chasse.
En amateur, très vite, Bruno avait vu le parti qu'il pouvait tirer de la rencontre. Il faut dire que la démonstration était éblouissante, et le comparatif sévère. L'affaire fut rapidement conclue. Pour rester dans le coup, le bon gros Kaneda allait devoir faire un régime anti-cholestérol des plus stricts, avec un changement définitif de son alimentation. Stop à la dangereuse tension, vive la pleine capacité retrouvée, et la diode de combat !
L'aviampli à tube 211 de chasse du futur n'était pourtant pas tombé à l'eau, mais au grand dam de Dominique, pilote de métier et membre de l'équipe de voltige française, il allait encore devoir attendre encore un peu.
Son heure allait-elle venir ?

Dans le même temps, les VOT étaient elles aussi au régime. Trop volumineuses, bien qu'appartenant à un Grand Maître, elles n'avaient pas semblé être suffisamment performantes dans cette configuration. Leur résidence prit fin et elles durent même brutalement céder leur place à une nouvelle paire de ... VOT appartenant déjà à notre ami. Mais en fait, c'était un modèle réduit, avec la tête à l'envers, le pavillon 511 dans l'évent de la caisse de grave.
Dans l'immense salon de Bruno, pourtant belles, elles faisaient presque kiki.
Mais voici que tout se compliquait. Il se murmurait qu'un dénommé 420 (t) arrivant par le Nord, et que d'audacieux ennemis puissamment armés de 845, le rival du 211, venaient semer le trouble dans la région ...

Chapitre III

Un matin, ma femme m'avait demandé une chose qui m'avait vraiment interloqué :
Dis mon amour, pourquoi as-tu toujours besoin de modifier les appareils que tu as achetés, tu ne pourrais pas les acheter tout fait comme tu les veux ? Ça te simplifierait beaucoup la tâche, et comme ça, nous aurions du temps pour aller nous promener.

Ça m'avait laissé perplexe!

C'était bien vrai qu'avec toutes ces histoires, du temps, c'est ce que j'avais le moins. Je mis alors cette idée lumineuse en pratique, et décidais qu'avec tout le temps que ça allait dégager, nous irions nous promener chez Bruno ...

Chapitre IV

Ma femme et moi arrivâmes chez Bénédicte et Bruno un soir d'avril dernier. Au programme des festivités des deux jours suivants, bonnes bouffes, discussion, balades, et si possible, un peu de musique ...

Après avoir déposé une tonne de matériel que Bruno avait accepté de Degawatiser pour moi, nous avions écouté quelques disques, ce qui n'avait pas manqué de m'interpeller intérieurement. Je m'étais simplement dit que Bruno avait dû bricoler sérieusement car je ne reconnaissais plus trop son système. Puis nous prîmes tous la direction de la Mamounia, un excellent restaurant marocain de Lille où nous eûmes le grand plaisir de retrouver Jean Hiraga pour une soirée passionnante. Celle-ci fut l'occasion de revoir le monde de la hifi de fond en comble. Entre autres nouvelles, Jean en profita pour nous apprendre l'existence d'un tout petit objet absolument fantastique appelé Nasotec. Il avait eu l'occasion de l'essayer la veille et l'écoute semblait l'avoir passionné ... Mais comme nous ne nous étions pas revu depuis notre dernier voyage au Japon, ce fut surtout un bon moment de retrouvaille.

Le lendemain matin, nous retrouvâmes Bruno pour une journée s'annonçant intense. Après expertise du matériel à degawatiser, pendant que Bénédicte et Christine étaient parties visiter une demeure remarquable des environs, la Villa Cavrois, nous décidâmes de passer aux choses sérieuses et Bruno me présenta la nouvelle mouture de son système.

Celui-ci avait effectivement beaucoup changé depuis ma dernière visite du début 2017. Le modèle d'enceintes, une paire de VOT qui trônait devant moi dans une magnifique livrée grise ardoise, avait donc changé. Bruno avait décidé de mettre en valeur une authentique paire d'origine Altec USA, le fameux modèle équipé du pavillon 511B intégré dans l'évent de l'enceinte, celui-ci bénéficiant au surplus d'un traitement anti-vibration très efficace. Les haut-parleurs 38 cm étaient des Electrovoice SRO15, faisant 12 ohms et 100 dB, et les chambres de compression des Altec 802D 16 Ohms Hollywood avec une suspension traitée, mais avec des membranes d'origine, et dont la cavité arrière avait été agrandie par l'ajout d'un massif cylindre en bronze de 3 cm de profondeur entre le moteur et le capot arrière.

Les filtres Hiraga optimisés de 30 kg chacun pouvaient faire les fiers, dressés qu'il était derrière les enceintes. Je n'en eus pas le schéma exact, mais il ne pouvait y avoir le moindre doute qu'ils étaient parfaitement au point.

L'amplification était prise en charge par un Kaneda No172 dans lequel Bruno avait glissé quelques caramels spéciaux de chez Degawa, ainsi qu'un énorme transfo Kani qu'il avait dû rentrer au chausse-pied.

Les sources étaient constitué d'une platine d'origine suisse, si j'ai bien compris, au coffret bois d'une belle couleur miel, et surtout équipé d'un plateau plus lourd que ma belle mère.
Le bras était le fameux ViV Lab que j'utilisais aussi avec grand plaisir et celui-ci drivait une DL103 PRO qui alimentait un préampli RIAA à tube lui aussi degawatisé à mort.

Le Lecteur CD était un Consonance de modèle inconnu pour moi et il alimentait un convertisseur Philips, lui aussi largement modifié.

Le menu semblait alléchant. Allait-il tenir ses promesses ?

Chapitre V

Nous commençâmes gentiment par quelques CD pour nous réchauffer les oreilles, mais comme les femmes arrivèrent de leur périple architectural, nous passâmes à table.

Après une fameuse agape accompagnée de la dose raisonnable d'un bon vin rouge, la suite ne pouvait que se dérouler tout en douceur. Nous avions bien débroussaillé le terrain car les fameux et éternels morceaux tests qui servent de repère, mais malheureusement aussi souvent de principal lors de séances d'écoutes rébarbatives, avaient été remisés dès avant le repas et nous pûmes enfin écouter de la musique.
Un premier indice, Christine, d'ordinaire assez inattentive si le son ne lui convient pas, était ici toute ouïe.
La première chose qui me vint à l'esprit était que certains disques auraient pu avoir été enregistrés sur place, le beau placement de l'image aurait presque pu le laisser croire. Il faut dire que la réaction de la pièce d'écoute de Bruno était surprenante, surtout compte tenu d'une hauteur de plafond finalement classique. Mais la vaste taille du salon, de plus largement ouvert sur les autres pièces de l'étage procurait curieusement la réverbération d'une pièce bien plus haute, et des meubles judicieusement placés, plus quelques astuces comme ces résonateurs de schroeder magnifiquement décorés juste derrière les enceintes confortaient cette impression.

Ce qui m'impressionna tout de suite, c'était bel et bien cet amplificateur Kaneda No172 à qui rien ne semblait résister. Connaissant un peu les habituels défauts des VOT, haut grave en avant, grave un peu court, passage au pavillon médium souvent délicat, j'étais évidement concentré sur ces attendus, mais la globalité de cette installation faisait preuve d'une cohérence peu banale, et l'équilibre de l'écoute était irréprochable.

Pas de doute, Bruno avait travaillé dur depuis mes dernières visites. Un coup d'œil sur le filtre largement remanié en témoignait.

Cependant, par exemple sur les messages d'orgue, même bien réglées, ces VOT n'auraient pas permis d'obtenir le grave abyssale entendu dès le lendemain lors d'une visite dans la cathédrale Notre Dame de la Treille, mais manifestement, notre ôte avait astucieusement su régler le problème. Le caisson de basse utilisé, bien connu sous le nom de Magnat Omega 380, n'aurait pas suffit s'il n'avait été filtré d'une façon un peu particulière, la modulation était reprise directement à la sortie de l'ampli Kaneda, pour être ensuite à nouveau filtrée et amplifiée par le caisson lui-même. Cela changeait tout et la cohérence du grave était évidente.

Mais amateur de belles voix, et de musique avec chœur et orchestre, parmi les plus difficiles à reproduire, j'attendais encore Bruno au tournant.

Chapitre VI

L'après-midi était déjà bien entamé lorsque je demandais à Bruno de me sortir un coffret de vinyles que j'avais déjà repéré dans sa collection. Il s'agissait du 11ème coffret de l'intégrale des Cantates de J.S Bach chez Telefunken. Je choisis l'écoute d'un extrait admirablement servi par la direction du regretté Gustav Léonhardt, La cantate BWV 39, « Brich dem Hungrigen dein Brot» (Donne ton pain aux pauvres), merveille d'entre les merveilles du Cantor qui contient dans son seul chœur d'introduction toute la magie du grand maitre, et à mon humble avis sans doute quelques parcelles originelles de toute la musique du monde actuel.

Bruno posa le disque sur la platine sans plus de cérémonie, et nous commençâmes l'écoute de ce passage mainte et mainte fois écouté. Je fis rapidement quelques remarques à notre hôte sur le naturel du timbre des hautbois, des violons, du positif, sur le beau placement du chœur à son entrée, puis, sans défense, happé par une immense vague qui cherchait à m'engloutir, je me mis à ne plus penser du tout.

Bruno s'approcha de la platine et leva le bras de lecture, stoppant net ma rêverie qui avait dû durer une bonne dizaine de minutes. Mais un peu hébété par un voyage intérieur qui me serrait encore la gorge, je ne dis rien.

- Ça ne t'a pas plu ?
- Hum, si, si, beaucoup.
J'avais marmonné en me raclant la gorge.
- Allons boire un coup.

Bruno, en fin psychologue, nous entraîna alors vers la cuisine. La fraicheur du rosé me fit du bien et me délia la langue.
- Elle fonctionne bien, ta petite chaine.
Mais sentant le regard réprobateur de notre hôte, et ayant peur de ne pas pouvoir participer à la fondue savoyarde programmée pour la soirée, j'arrêtai là la plaisanterie. Christine et moi l'avions échappé belle.
- Bruno, avec ce que j'ai entendu, je ne comprendrais vraiment pas que tu te sépares de ces VOT. Le résultat est simplement superbe. La beauté des voix, des instruments, le naturel, l'ambiance, l'atmosphère, tout y est.
Christine, qui ne prend habituellement pas part à ce genre de conversation sur les mérites respectifs de nos jouets acquiesça le plus naturellement du monde. Au top de la verve, j'ajoutais alors.
- Depuis ma dernière visite, tu as fait un boulot dingue et ton système est vraiment au point.

Nous nous rapprochâmes alors de l'installation pour une séance photo pendant laquelle Bruno nous détailla toutes les astuces mises en place pour arriver à un tel résultat et la fondue dut nous attendre jusqu'à tard dans la nuit ...

Épilogue

Le lendemain, avant de nous quitter, nous avions rendez-vous chez des amis communs pour une écoute. Le système en place était très prometteur, mais n'offrait malgré tout pas les performances de celui entendu la veille.
Une dernière fois avant de reprendre la route, j'encourageais Bruno à conserver son installation en l'état pour le moment, et en particulier ses VOT, et donc à sursoir à son projet de les remplacer très rapidement par des 420 Altec, même en les drivant par un amplificateur à tube équipé de 211 ou de 845.

Quelques jours plus tard, il m'apprit qu'il avait encore amélioré le résultat de la lecture des vinyles grâce au fameux porte-cellule Nasotec 202A1 dont nous avait parlé Jean Hiraga. Je ne tardais d'ailleurs par à adopter cette nouveauté et je fus moi-même frappé de l'énorme apport que ce petit objet pouvait procurer.
Enfin, Bruno ne tarda pas à dégawatiser mes amplificateurs Kaneda No228 comme convenu, et dès leur réception, je me rendis compte de l'immense apport que cette modification avait apporté à mes appareils, et à tout mon système, et avait également dû apporter au système de Bruno grâce à son Kaneda No172.

Aujourd'hui, je repense encore avec enchantement à ce voyage, et à la découverte de ce système magnifique, et je remercie chaque jour du fond du cœur Bénédicte et Bruno pour ces instants de bonheur.

Fin


prolonger la lecture : Trois jours chez Brunop - Les Editions de la tournante http://forums.melaudia.net/showthread.php?tid=7682

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